L’annonce
de vastes plans sociaux et de suppressions massives d’emplois
chez Florange, PSA, Renault, Virgin, Petroplus, Goodyear…
soulève avec une nouvelle acuité la question du
retour à l’emploi d’un grand nombre de
travailleurs et de leur accompagnement.
La conséquence première de la faillite ou de
grandes restructurations d’entreprise est de placer
sur le marché du travail, un nombre très
important de travailleurs licenciés qui, dans un
même espace-temps, vont chercher des emplois pour lesquels
ils sont généralement peu ou pas
formés initialement. De surcroît,
ces travailleurs souffrent de partager les mêmes
caractéristiques : des qualifications ou
expériences professionnelles souvent spécifiques,
une ancienneté assez longue dans l’emploi, un
âge en moyenne plutôt
élevé… Il s’agit
également souvent selon le secteur
d’activité et de l’entreprise,
d’un personnel ou bien très masculin ou au
contraire très féminisé...
Au cours des différentes étapes que traversent
les salariés licenciés dans leur retour
à l’emploi, le rôle de
celui/celle qui accompagne apparaît comme un pivot. L’enjeu
est alors de traiter de manière individualisée
l’accompagnement d’un licenciement
collectif, c’est-à-dire, d’un
grand nombre d’individus au plus près de leurs
caractéristiques personnelles, sociales et professionnelles
et de leurs besoins spécifiques.
Le choc face à l’annonce du licenciement
libère souvent beaucoup de colère et de
désarroi chez les anciens salariés
privés subitement de leur emploi. Leur sentiment
d’injustice et de découragement est fort.
| Mais
pas seulement. Car la fin de l’emploi
peut aussi représenter une
opportunité à saisir pour entamer une autre
carrière professionnelle que celle entamée
très tôt, sur les chaînes
de montage par exemple. Les professionnels ont un rôle de
catalyseur de cette souffrance intériorisée mais
aussi de guides vers d’autres horizons professionnels.
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Les professionnels
ont un rôle de
catalyseur de
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| cette
souffrance
intériorisée mais aussi
de guides vers d’autres horizons professionnels |
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Il semble aussi nécessaire de repenser
le suivi des salariés
licenciés, dans leur globalité en prenant en
compte l’individu, sa santé, son niveau de vie,
son lien à l’entreprise, mais aussi ses relations
sociales, qu’elles soient amicales, conjugales, familiales,
syndicales.... Ce qui oblige à concevoir de
manière élargie le rôle de
l’accompagnateur, qui, sans être
à proprement parler psychologue, conseiller financier ou
travailleur social, doit être en mesure de
répondre au mieux, ou du moins de diriger vers les personnes
compétentes afin que les « préalables
» à la recherche d’emploi soient, au
moins en partie, en voie de résorption :
problèmes économiques, mal-être
personnel, isolement social…
Licenciements et suppressions d’emploi massifs invitent
à prolonger la réflexion autour de
la sécurisation des parcours professionnels des demandeurs
d’emploi et de la mise en place de
marchés transitionnels à savoir la mobilisation
de moyens destinés à faciliter les passages entre
une position donnée et une autre, au moyen de
l’aménagement de périodes,
d’espaces ou d’activités assurant tout
à la fois sécurité
économique et droits sociaux des travailleurs.

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L’enjeu
se situe
au niveau
de
la forme et
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| des
représentations
prises par la formation professionnelle |
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Pour fluidifier les trajectoires professionnelles, le
rôle de la formation qualifiante et transférable
à d’autres univers de travail est crucial mais le
plus souvent délaissé par les demandeurs
d’emploi, notamment les moins
qualifiés.
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L’enjeu
se situe au niveau de la forme et des représentations prises
par la formation professionnelle, trop vite réduite
à un retour à l’école,
à un temps déconnecté du monde du
travail...
Dans le trajet vers l’emploi, l’accompagnateur se
situe à l’interface du salarié et de
l’entreprise, ce qui implique de travailler sur les
représentations qu’ont les employeurs des
prétendants à l’emploi mais aussi sur
celles qu’ont ces derniers des métiers
à pourvoir. Dans le cas de Moulinex, que j’ai
étudié tout spécialement, la
période de conflictualité au moment de
l’annonce de la fermeture définitive de
l’entreprise a rejailli sur l’image des anciens
salariés très vite taxés de
terroristes, de fainéants… Les nombreuses
représentations
stéréotypées qui ont
circulé à leur propos ont hélas
joué contre leur employabilité. Dans le processus
de retour à l'emploi, le rôle de
l’accompagnateur est primordial pour inciter les
salariés licenciés à reprendre
confiance en eux et surtout à revaloriser une
expérience et une carrière professionnelles
jamais perçues comme valorisables. Mais cette
idée amène à poser la question des
modalités d’accompagnement dans la recherche
d’emploi : faut-il « faire avec
» ou « faire pour » la personne ?
Car l’échec de la remise en emploi de la grande
majorité des travailleurs licenciés
n’est-il pas aussi un échec de
l’hypothèse que tout demandeur d’emploi
peut se transformer en bon chercheur d’emploi ?
Manuella Roupnel-Fuentes

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L’ouvrage
« Les Chômeurs de Moulinex » propose de
revenir sur
le drame social et économique de la fermeture en 2001 de
l’entreprise d’électroménager
qui a
touché des milliers de licenciés, leur famille et
tout un
territoire. Cette recherche s’appuie sur une
enquête
menée pendant plus de 3 ans par le biais
d’entretiens et
de questionnaires recueillis auprès de 830 anciens
salariés de Moulinex choisis pour être
représentatifs des 3000 licenciés des usines
bas-normandes. En analysant en profondeur l’histoire du
fabricant
et les répercussions de sa fermeture sur le devenir aussi
bien
social que professionnel que de ses salariés, cet ouvrage a
pour
objectif de fournir des grilles de compréhension
générale des phénomènes de
l’employabilité et des effets du chômage
de masse.
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Manuella Roupnel-Fuentes
Les Chômeurs de Moulinex, PUF, 2011, 27€
Lauréat du Prix du Livre RH 2012
décerné par Syntec Recrutement, Sciences Po et Le
Monde
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